mercredi, 16 mars 2022

Elle commence à envisager. Elle envisage. Quelque chose se produit à l’intérieur de sa poitrine, une inconsistance. Elle sourit.

– Vous ne voyez pas?
– Quoi donc?

Elle se lève. Elle se place devant lui. Droite. Rigide. De tout son corps. Il a devant lui un corps entier. Sans réserve.

– Vous ne voyez toujours pas ?
– Non.

Elle soupire.

– Regardez encore.

L’homme s’affale sur le canapé. Un verre de vin blanc à la main. Il est beau. Aussi beau qu’on puisse l’être lorsque le désir embarrasse. Il s’en va. Elle le laisse s’en aller. Elle reste là. Elle. Là, où tout existe encore. Elle prend la porte, baisse la poignée, sort. Dehors, l’espace. Dehors, les gens fument des cigarettes. Elle lève la tête. Une lune fixe dans un ciel vide. Elle murmure, il s’agit d’un évènement qui s’ignore. Elle attend, comme on attend, sans rien d’autre. Alors elle bouge. Elle marche. Elle le croise, lui, au détour de la nuit. Son coeur se coince, il bute contre sa peau. Elle s’approche, sans bruit, elle arrive très près de son visage, elle le touche. Quasiment.

– Je vous connais, vous ne le ferez pas.

Entre elle et lui, il y a un rectangle coupé. Dans ce rectangle, il y a un non. Ferme. Elle traverse le rectangle. Un peu de ceci, un peu de cela et l’envie se défile.

– Pourquoi?
– Je ne veux plus rien.

Toujours avec la même insouciance, elle pense à l’enchaînement des évènements qui sont, en apparence, vides. Il hésite, vous étiez à ce moment-là, supposée aimer. Elle sourit. Elle n’a rien vu du vertige, elle n’en a pas eu le temps.

– Qu’est-ce qu’il y a ?
– Je vous regarde.

Elle vient, docile. Elle le serre contre son corps. Il la serre dans l’imaginaire. Elle laisse faire la vie. Elle laisse faire. Il la lâche. Elle se laisse lâcher.
Ils s’en retournent dans l’épaisseur du temps jusqu’à s’en perdre de vue.