31.08.2021

Le geste. L’illusion que ce geste, à cet instant précis, me touche. Précisément, comme une parole. Radical. Là. Sur ma cuisse. Mes hanches. Mes joues. Ma bouche. Toi. Moi. Dans l’ombre, pour la première fois. La pâleur de l’obscurité. Nos corps, si près. Nos visages, insouciants. Notre démarche, prend le rythme de nos odeurs. Et toi et moi. Non, je ne veux pas danser. Pas là. Pas devant toi. Devant eux. Tes yeux. Non. Je me raidis. Une ligne verticale. Un point de fuite. Le mur, il me rassure. Samedi se confond avec l’obscurité. Samedi noir, ponctué de quelques lignes blanches. Et la danse est une forme de nudité. Je ne peux pas te l’expliquer. Ma bouche. Ta langue. Ma langue.

Le geste. L’illusion que ce geste, à cet instant précis, me touche. Que tu me touches. À la frontière. Aux limites. En douce. De passage. Mais touche. Touche entre les coulisses et la scène. Touche entre les cuisses et l’aine. Pose ta main sur l’obscurité. Sur moi. Sur mes hanches. Attends. Surveille. Quand la lumière nous rappelle. Quand l’obscurité nous oubli. Rappelle-toi que le théâtre fait parti du monde. Ce geste inattendu. Ce trébuchement de la mémoire me rappelle que je suis mortelle. Que nous sommes des corps empruntés. Que je veux. Ce geste. Je le sauve avec les mots. Je lui souffle à l’oreille. Je le réanime. Je l’invente. Je le nomme. Je le désire. Et aujourd’hui, le soleil nous noie. Les rayons ont bousculé l’ambiguïté. Voilà ce dont nous devons parler, ce à quoi nous pouvons encore rêver: ce geste, l’illusion que ce geste, à cet instant précis, me touche.

La lumière s’est allumée. Le décor ressemblait au petit matin. Ce décor n’aurait pas été si beau, si ce geste n’avait pas été laissé en ruine.