dix-sept août.

 

C’était comme si la révolution était en marche et que mon corps ne voulait plus se taire. J’agis. Je ne contrôle rien et cette pulsion est fantastique, je crée des souvenirs. Je flirte avec l’intensité des émotions, je ne suis qu’elles.

« Je suis folle, j’ai la folie d’un être humain », je cite. Faute d’amour peut-être. Quelqu’un m’a mal touché et je suis à la recherche de bras rassurant pour me réconcilier avec ce cauchemar. Les avant quoi, les avant que, les avant bras. Je les regarde, je les imagine et ils me rassurent. Enfin. En fin de compte, je ne suis plus capable de faire semblant que mon corps n’existe pas. Même quand il se déforme, il existe. Il existe un endroit où je me sens bien, c’est dans les mots. Je m’y couche amoureusement et j’écoute le rythme cardiaque des lettres. Parfois ça ne bat plus pendant longtemps, alors je vais à la recherche d’autres coeurs, d’autres battements et l’accélération me rappelle que tout ce qui m’entoure fait de l’effet. Tout m’a amené jusqu’ici, à la découverte de ce et de ces corps que j’ai tellement repoussé. Je m’y blottis, il lève les mains. Il ne veut pas me toucher, ce corps ne veut pas de moi.

Je me suis levée un matin et je n’avais plus de corps, plus de ventre, plus de règle, plus d’envie. Je n’étais plus une matière. Je suis morte à ce moment là, ce matin même, au moment précis où mon corps a disparu. Tout est devenu noir. J’ai décidé de mourir pour rendre le cauchemar qui m’attendait plus supportable. C’était comme retenir sa respiration pendant quinze ans et là, parfois il m’arrive d’écouter mon coeur. Je vois bien que tout ça n’est pas réelle, que tout ce que l’on vit n’existe pas vraiment, c’est comme une parenthèse, un secret.

Je me demande parfois qu’est-ce que ce silence autour de moi? Lorsque cette solitude réelle du corps devient un espace inviolable. J’ai décidé de disparaître au moment où les yeux du désir pouvaient se poser sur moi. Je ne parlais à personne, ma seule préoccupation était d’écrire. Ecrire c’est dire les chose tout bas, c’est ne laisser que certains regards les voir. Je ne crois pas que j’ai trouvé la solitude, je crois que je l’ai construite, pièce par pièce, comme un habitat vivable, un espace à soi. Je la manie, je la pratique, je l’occupe. Elle est à ma taille parfois et à d’autre moment, elle ne l’est pas.

Et l’intenable, quand tout prend un sens lorsque les émotions occupent le corps. C’est comme si le barrage était tombé et que je ne retenais plus rien, tout est bon à vivre, même ce qui me fait tomber. Tomber c’est avoir la chance de voir les choses depuis le bas, un nouvel angle de vue. Ce n’est pas donner à tout le monde, la chute, avoir conscience que certaines choses sont incontournables. On peut tourner autour de ce qui nous fait peur pendant une vie entière, mais certaines âmes courageuses décident de ne tourner autour de rien et de se donner à corps perdus.

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