16.04.2018

Je réfléchis à gauche, à droite, de tous côtés. Je cherche. Certaines nuits, je voudrais partir droit devant et marcher sans m’arrêter jusqu’à m’endormir auprès d’un arbre. Au réveil, cet arbre me dirait « lève toi et marche » en pointant une direction toute faite, je me lèverais et je saurais enfin où aller. En moi, quelque chose s’étend ou se détend, le talon s’enfonce et le corps s’élève, le pas se fait plus lourd, lourd comme cette montagne que je vois.
Si jusque là, les premiers rayons caressant le jour m’avait laissé songeuse, aujourd’hui en les voyant, je frisonne. Car à cet instant précis, j’appartiens à quelque chose d’immense que je ne sais pas définir.
A l’école de la vie, je me prends jour après jour les pieds dans le même filet. Je cherche à ressentir quelque chose que je n’aurais ni construit, ni inventé, une émotion brute, mais sitôt qu’elle s’approche trop de moi, je me fige, je m’absente, je recule, je contourne et je prétends.
Un après-midi comme un autre, sans relief ni présage, je travaille à sentir mon ventre et ça surgit de toutes parts, ça me sert et m’écrase, je n’arrive plus à respirer, ça m’étrangle. Le sol s’enfonce, je panique. Je n’ai aucune idée de ce qui vient d’exploser. Je m’accroche à ce regard, à cette voix, je me hisse, je reviens pantelante et sonnée. Je tâche de me convaincre que c’est une histoire que je me raconte, mais cette histoire me prend à bras-le-corps, je sais maintenant que je ne l’ai pas inventée. Surtout, ne rien tenter.
Silence. Un coup a suffi pour que je me remette à ma place, la place à vivre.
Je consume les premiers jours de printemps avec une boule qui me ronge le ventre, je saute d’absence en absence en m’alimentant du doute. J’aimerais manger les bras d’un parc et les baisers d’un cou pour combler, mais je n’ai rien cherché, je suis tombée aussi vite que ça sur moi. Ma détresse est trop visible pour être attirante.
Chaque instant, je passe des mots à la lecture, du doute à la certitude, de lui à lui. Je participe tant bien que mal au rythme de la vie, je le perds très facilement, j’y reviens quand j’y suis obligée et j’en repars dès que possible. Je suis dans l’errance du temps qui passe.
Au printemps, j’ai vingt-huit ans. J’occupe le printemps à me confondre, à tomber, à risquer, à me sentir vivante. On dit re-sentir comme ci celui-ci nous était venu à manquer, comme un oubli. Oublier, il va falloir oublier.

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