21.03.2018

Mentir. Mens puis tire mais je m’en tire. Je tire quand il ment. Manquant le tir mais je m’en tire, même quand il ment.
Et puis je ne sais pas d’où ça vient, ce sentiment dans le ventre, cette peur de perdre, de le perdre, de le perdre pour quelqu’un d’autre. Et cette autre, qui est cette autre? Elle est toute et personne et pourtant elle est elle, et c’est fragilisant. C’est comme dérangeant. Ça gaspille le temps, le temps de compter jusqu’à cent. Sans doute une fois, deux, trois, quatre et ça me reprend. Je le regarde. J’essuie ma bouche. Il disparaît là devant moi. Je ne crève rien et encore moins le silence, le silence est d’or, le silence dort. Mais ça me réveille, ça réveille des doutes. Je reste calme, je parle bas. Bah parle-moi, dit-il? Ben pour dire quoi? Le mensonge est trop grand, le mensonge est trop long, il faut le soulever un peu pour marcher, pour ne pas s’y prendre les pieds. Il faut le relever, il faut pas le laisser traîner car à tous les coups, ça va nous faire glisser. C’est ça que tu veux? Nous faire tomber? Sur le sol, sur la peau. Mais tout ça, ça m’effleure, ça dévoile ma fragilité, ça me soulève, ça me soulève le coeur, ça me le suspend et nous aussi, ça nous suspend. Mais vois comme le mensonge danse, vois comme il se froisse et nous, ça nous froisse? Moi, ça me plie, ça me frémit, ça m’éparpille et puis, je suis partout, je m’alanguis, je me dégrafe, je me retiens. Et tu souris et ça s’ajuste, ça me libère. Tes yeux, ils me rassurent, ils m’enveloppent, il me révèle et ça me révèle ce mensonge, ça dégringole, ça me dégringole.
J’ai la tristesse qui rôde et la joie qui me guette. Mais je ne comprends pas ta langue, en quelle langue me parles-tu? Pourquoi tu parles si fort? Tu vois bien que je suis calme, que je te chuchote des mots, que tu n’es pas ma ligne de mire et que ce tir n’est pas pointé contre toi.
Je tire quand il ment, juste quand il ment. Mais je manque le tir, même quand il ment. Mais je m’en tire, il ment et je tire. Et je commence encore, à compter jusqu’à cent. Sans, m’effraie. J’en fais les frais.

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