15.01.16

PUBLIQUE, LIBERTINE OU SECRÈTE: LA TOILETTE.

 

En réalité, l’histoire de l’intimité connaît des naissances successives au fil des exigences qu’elle se crée.

Au XVIe siècle, les scènes de bain sont publiques. Il ne s’agit par d’une représentation hygiéniste, mais d’un rituel montré. La Vénus au miroir donne à voir la toilette comme une danse. La position du corps y est chorégraphiée. D’une certaine manière elle est chaste, nue sans doute, mais d’un nu dit académique.

La Vénus au miroir, Velasquez

On assiste à une construction. La pudeur a toujours existé, elle est à cette époque cachée par le voile. Peu à peu celui-ci ne suffit plus, et les représentations vont clore l’espace. Du plein air, on passe à la chambre, intérieur restreint, puis la porte se ferme. Et dans le même temps, la promiscuité s’efface, on tolère de moins en moins de spectateurs à la toilette.

Puis, au XVIIe siècle, on pratique la toilette sèche, on s’essuie avec des linges et ce qui compte c’est le vêtement propre qui pare le corps. Vient ensuite l’ère des lavages partiels, avec très peu d’eau: les mains, les pieds. Longtemps l’eau a été considérée comme dangereuse, elle était réputée contaminer les humeurs du corps.

Femme peignant ses cheveux, Slewinski

Femme à la toilette, Léger

Plus tard, on assiste à une explosion de l’espace, un travail neuf sur les formes qui s’accompagne d’un défi culturel. La femme à sa toilette est, espionnée et peinte par des regards masculins pendant des siècles.

Je suis libre de mon corps. Vous me regardez si et comme je le veux.

Simone de Beauvoir, Art Shay

Je suis une intellectuelle, et j’ai droit à mon corps, ne vous en déplaise. J’ouvre la porte.

Où se situent l’intime et sa violation? Non pas dans la salle de bain, mais hors-champs, dans l’espace du spectateur surpris dans l’acte intime de regarder.

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