21.11.2015

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Je pense à l’écriture qui bouge, celle qui est athlétique. Elle m’échappe. Manque de musculature disciplinaire. C’est probablement parce que je me montre trop exaltée avec chacune de ses apparitions. Je sens l’inspiration puis, cette horreur, celle qui survient quand tous les petits riens de l’existence se volatilisent et qu’il ne reste plus que la lumière ou l’obscurité. La nuit ou le jour. Je vois alors la dépouille de toutes excentricités, bizarreries et autres imperfections qui constituent : le tissu. Soit l’un, soit l’autre, cela ne devrait pas être. Je ne suis pas tenue d’agir correctement avec le seul corps qui m’appartienne et qui devrait être, mon véritable amour. La vie pratique me rappelle a un machiavélisme; une désinvolture qu’il faut cultiver. Le ciel s’effondre et mon corps me trahit. Pourtant, moi aussi je suis écrivain, j’écris des histoires et des poèmes. Je sens le lourd parfum de novembre et je rêve d’un homme assez charmant à l’allure indisciplinée. Mais je rêve aussi de l’avenir des pommes. Qu’en est-il pour elles? Je rêve de me fondre dans la substance et de me trouvée arrimée.
La patience fait qu’à un moment le questionnement s’essuie les lèvres et l’évidence se fait propre.
Quelle chance! Je n’ai pas longtemps à attendre. Néanmoins pour l’heure, qu’est-ce que je donne? C’est mystérieux. Intimement violent. L’écriture fantôme. Les mots se cachent sous les draps comme des enfants et effraient mes dix doigts. Je deviens folle nuit après nuit. L’insomnie; véritable hurlante en robe jaune.
Et la journée, j’aime les inconnus. Ce sont eux les plus faciles à aimer. Ils n’exigent rien, ils observent. Il y a des jours ou ils sont superflus et d’autres où ils sont indispensables.
Ce que je redoute le plus, je crois que c’est la mort de l’imagination. Quand le ciel dehors se contente d’être là et que les toits ne parlent pas. Cet esprit photographique qui dit la vérité mais la vérité, je ne l’entends pas, je ne la vois pas. Mes écrits vont dans tous les sens et perdent le sens premier, le sens des sens. Je ne peux alors rien modeler, je n’attrape rien, pas la plus légère des brises. Si je reste assise sans rien faire, le monde continue de tambouriner, pour moi, sans la moindre signification. Mon corps balance entre un désir de solitude totale consacrée au travail et à l’écriture et un irrépressible besoin de gestes, de paroles et de toucher. Pourtant, je ne mets jamais la bonne chaussette au pied et lorsque celle-ci devient confortable, je revendique la liberté des orteils.
Je suis comme une femme mais pas tout à fait. J’attends sur une chaise, l’ampoule à la main. J’ai l’impression que mon écriture est vieille et fatiguée.

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