Le 06 mars 2015

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La question est qu’en est-il du corps lorsqu’il n’est pas englué dans le sentimental? Qu’en est-il du corps lorsqu’il est en première ligne, lorsqu’il prend les devants, lorsqu’il est en avant, avant tout le micmac des jolis mots. Est-il judicieux d’étouffer et brider les corps au lieu de les débrider? Est-il là le secret, rester un mirage l’un pour l’autre pour que le plaisir advienne? Serait-ce ça une rencontre réussie entre un homme et une femme, se croiser sans qu’existe le risque d’en être changé ou bouleversé? Toucher du corps sans réellement toucher l’individu, on est alors dans le désir, dans le dialogue parallèle des regards frôlés. Les deux s’emmêlent. Quiproquos. Troubles. Maladresses. La pudeur se libère sous les caresses puisque je triche, puisque je joue, ris, plaisante, pleure, chante, disparais, réapparais. Puisque je sème des histoires, des esquisses, puisque je vole au passage la texture d’un échange, une intonation qui laisse s’échapper la cambrure d’un dos, d’un pied, le dessin d’un sourcil, d’une barbe, vite. De plus en plus vite. Puis un jour je suis lasse. Jouissive jouissance jouissemment jouisseuse.

« La grâce alliée à la vulgarité, l’élégance mêlée à la crudité du corps, l’apparente innocence de la jeunesse mêlée à la rouée des sensualités, ainsi vont ces jeunes filles en fleurs, réalistes, menteuses et affabulatrices debout, et fronts écarlates, rougeurs aux joues, impatientes suées, rires, irritants et secrets, c’est dire sensuelles couchées. »

Une femme. Une femme qui naît parce qu’enfin son corps peut oublier celui de la mère, la peau de la mère, les os de la mère pour s’abandonner à un inconnu. Une force qui entraîne au-delà de ce que l’on sait être. J’ose freiner, relancer, me laisser faire, agir. Active, passive. Passive, active. Rageuse debout. Faire l’amour c’est pénétrer, jolie banalité. Je veux le temps des regards, des paroles, du jeu des premiers mots, c’est bien lui, c’est bien moi, même si ce n’est que pour quelques instants. Je marche. Je respire. Je regarde. On me regarde. Seule et légère. On n’est quitte avec la vie seulement en l’épuisant. Préserver de trop de sérieux, de la prétention sur l’infini du chaos. Le corps étant pris comme un outil palpable qui permettrait de couper court aux tergiversations de ce coeur qui n’en finit pas de battre sous la chair. Plaisir physique et mouvement de celui-ci. J’ai faim des sens. Cher vous, cher ennemi prédestiné. Si je m’autorise cette expression c’est qu’elle désigne en Chine la personne par laquelle on est irrésistiblement attiré sous l’effet des corps. Sous les faits des corps. Certes, j’ai été prise d’impatience. Qu’il vienne, qu’il vienne, le temps dont on s’éprenne.

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