Le 16 août 2014

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Des jeunes femmes au regard rêveur, égarées dans leurs pensées, souvent placées dans un monde interlope – telle a été, dans les années 1880 et 1890, la spécialité du peintre florentin Vittorio Matteo Corcos. Corcos avait étudié durant quatre ans à Paris, où il avait connu les ambiguïtés de la Belle Époque. Les trois livres jaunes de la célèbre collection des classiques Garnier empilés sur le banc à côté de la jeune femme en sont une réminiscence.

Les feuilles mortes dispersées sur le sol ainsi que les accessoires estivaux, chapeau de paille et ombrelle, abandonnés sur le banc auprès des livres suggèrent l’un des thèmes essentiels de cette composition: la fugacité de l’existence. L’automne suit l’été. Mais est-ce bien là le sujet autour duquel gravitent les pensées de la jeune femme? Parmi les feuilles jaunies, on aperçoit des pétales de rose. Ils sont tombés de la fleur et les livres semblent à leur tour sur le point de glisser du banc. La rose – et la rose rouge plus spécialement – est un symbole de l’amour. Elle paraît elle aussi fanée, flétrie, morte. Mais la rose est également un symbole de l’innocence: dans de nombreuses régions d’Europe, la fiancée la jetait traditionnellement dans une rivière au matin de ses noces, en prenant ainsi symboliquement congé se son âge de jeune fille.

Tel pourrait donc être le sujet du tableau : l’été, qui est sur le point de tirer sa révérence, a fait d’une jeune fille une femme désormais consciente d’elle-même. La lecture y a peut-être contribué, et la rose semble avoir servi de marque-page. La manière énergique et presque mutine avec laquelle le modèle tient la tête redressée montre en tout cas une chose : la nostalgie d’un retour à l’état d’innocence n’est passon affaire. Le titre du tableau est trompeur : cette lectrice n’est point une rêveuse.
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