Le 17 juin 2014

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Alors vous pensez que d’emprunter à la réalité est une forme de tricherie?

Sans aucun doute. Il faut que l’art surprenne la réalité. Il prend ces moments qui pour nous ne sont que des moments, puis un moment, puis un autre moment, et les transforme arbitrairement en un enchaînement spécial de moments qui sont unifiés par une émotion majeure. L’art ne doit pas, il me semble, poser le réel comme une préoccupation. Rien n’est plus loin du réel que certains romans soi-disant « réalistes » – de vrais cauchemars. Il est possible d’atteindre une certaine vérité sensorielle – le vrai sentiment d’une personnage – , c’est tout. Bien sûr, l’illusion de l’art est de faire croire que la grande littérature est très proche de la vie, mais c’est exactement l’inverse qui est vrai. La vie est amorphie, la littérature formelle.

J’écris des livres, ils prennent fin, et là est tout ce qui compte.

A quel point reconnaissez-vous vos limites et restreignez vos ambitions?

Voici une question plutôt désagréable, n’est-ce pas? Je reconnais mes limites dans la mesure où j’ai lu Tolstoï, Dostoïevski et Shakespeare. C’est la meilleure réponse, je pense. A part cela, je ne pense pas à me limiter.

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Françoise Sagan, extraits d’interview.

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