Le 16 juillet 2013

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Amedeo Modigliani est né au matin du 12 juillet 1884 à même la table en marbre noir de la cuisine.

Autrefois on admirait ce trait sûr et la rapidité avec laquelle il travaillait. Lorsqu’il n’était pas satisfait il buvait et s’acharnait à nouveau. Ses tableaux étaient réunis dans un coin, puis, il les disposait afin de meubler comme une muraille la pièce étroite dans laquelle il vivait. Un même visage, sans cesse répété.

Lorsque Jeanne rencontra Modigliani, il était déguisé en Pierrot.

Comme dit Picasso : « Modigliani n’est jamais plus soûl qu’au carrefour Montparnasse, devant La Rotonde ou le Dôme. »

Sûr de lui, presque arrogant, Modi porte un costume de velours côtelé, des bottines de cuir et une chemise de toile blanche, très ample. Il aime mettre un foulard autour du cou et un chapeau à large bord. Son costume était usé aux coudes et déformé aux genoux. Vlaminck racontait qu’à La Rotonde, lorsqu’il échangeait un dessin contre un verre d’alcool, il le signait comme si celui-ci était un chèque.

Dans un coin, sous une chaise de son atelier traînait toujours les espadrilles qu’il avait rapporté de Livorno, il ne les mettait jamais, il se contentait de les regarder. Elles lui rappelaient l’Italie, le soleil. Il avait aussi emporté de son village natal des livres qu’il aimait relire, La Divina Commedia et Les chants de Maldoror.

Quand il était petit, il allait se promener avec son grand-père le long du canal qui menait à la mer, jusqu’au fort rouge et orangé du port des Médicis. Pendant qu’ils descendaient le quai où étaient amarrés les bâteaux des pêcheurs, sur les façades ocres des maisons, au-dessus des grilles des fenêtres, une persienne verte se soulevait parfois, mais la personne qui la poussait n’apparaissait pas. Il ne voyait que l’ombre. Il avait beau scruter, il ne distinguait jamais aucun visage.

« Je m’engage aujourd’hui 7 juillet 1919 à épouser Mademoiselle Jeanne Hébuterne aussitôt les papiers arrivés . »

Il avait froid, toujours froid. Ses yeux creusés accentuaient l’ossature de son visage.

A la naissance de Giovanna, sa fille, Modigliani était si heureux, si fier et avait levé tant de verres à sa santé qu’il était arrivé trop tard à la mairie pour la reconnaître. La porte était fermée, Giovanna a donc été déclarée de père inconnu.

De l’Italie, il avait gardé cette habitude de dormir sans vêtement.

« Il a tiré un billet de cent francs qui dépassait de la veste de cet américain beaucoup trop soûl et l’a donné à ce poète si maigre, un peu voûté, qui erre toujours sans jamais oser s’asseoir. »

Il aimait citer ce vers de Dante : « Descendons là-bas dans cet aveugle monde » ou celui-ci : « Pour un tel manque et non pour d’autres crimes, nous sommes perdus, et notre unique peine est que sans espoir nous vivons en désir ! »

Il avait la démarche à la fois majestueuse et désinvolte. Jeanne aimait la hauteur avec laquelle il s’arrêtait tout en dévisageant.

Il avait un accent italien qu’il faisait exprès d’exagérer, il aimait montrer d’où il venait.

Il portait toujours des tenues innatendues ; une veste qui laissait dépasser des manchettes, une chemise à lavallière et une ceinture en tissu avec laquelle il entourait sa taille cinq ou six fois.

Il avait la lèvre inférieure plus épaisse.

Il ressemblait à la fois à un poète et à un bandit, avec quelque chose de tragique et de fatal.

Les formes s’allongent, la ligne s’étire… Des détails dérisoires, presque insignifiants mais qui additionnés les uns aux autres défendent sa vie.

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