Paris, le 10 février 2013

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Dans son jeune âge, Luisa découpe les pages des périodiques et fomente les collages les plus bizarres. Très jeune, elle a été éblouie par les toilettes des femmes, leurs gants, leurs éventails,leurs bijoux qui continuaient à briller dans le noir. Elle revoit l’éclat des diamants et des perles sur les gorges blanches et les étoffes aux reflets chatoyants.

Elle aimait ses sorties nocturnes sur le Grand Canal drapée dans un manteau de fourrure. Elle savait qu’elle attirait le regard avec ses cheveux trop courts et son rouge à lèvres trop rouge.

La relation entre Luisa Casati et Gabriele D’annunzio fut bien plus qu’une histoire d’amour, elle fut le point de départ d’une révolution intérieure. A ce moment là, elle soigna davantage son apparence, se mit à noircir ses yeux de khôl et s’autorisa quelques gouttes de belladone pour dilater ses pupilles.

Luisa aimait les mascarades et les festivités avec rage. La mode était aux bals costumés. Toutes les extravagances étaient permises.

Dès qu’elle en avait l’occasion, elle filait s’installer à l’hôtel Excelsior et sortait tous les soirs s’abreuver de champagne et rejoindre son amant.

L’orchidée est une fleur qui lui ressemble, exotique et orgueilleuse.

Un jour D’Annunzio offrit une merveilleuse brosse à Luisa et celui-ci disait aussi que Luisa possédait un coeur d’homme. Tous les deux firent construire un Palais au 51 via Piemonte. Avec cette maison, la marquise se prenait l’audace d’ouvrir sa boîte de Pandore, celle de la folie et des grandeurs.

Dans tout Rome, la rumeur courait que la jeune femme possédait une ménagerie extraordinaire et une immense volière où les perruches à moustache, avec leur gorge rose bonbon surmontant un corps vert fluo et leur petite tête bleu ciel tachée de chaque côté du bec qui leur donnait un air de vieux monsieur terrible, criaient et piaillaient tout le jour.

Le plus souvent, elle trônait dans une robe noire ou blanche et égrenait de ses doigts longs et minces un de ses nombreux colliers de perles. Ceux qui la rencontraient étaient intimidés par son silence et par son apparence. Son teint poudré blafard, ses yeux noirs, ses cheveux courts qu’elle avait teint en rouge ne laissait personne indifférent.

Elle fumait des cigarettes à l’eucalyptus.

Lorsque le Palais que Luisa s’acheta fut terminé, elle fit venir ses lévriers, ses oiseaux de paradis, des singes minuscules et un couple de guépards domestiques pour peupler le jardin.

Luisa aimait se promener en gondole, parée d’une de ses robes extraordinaires en damas vert ou en brocart groseille, Garbi, son domestique, l’abritant sous un parapluie de plumes de perroquet multicolores, un macaque sur l’épaule. Elle possédait par ailleurs, un boa constrictor qu’elle affubla du doux nom d’Anaxagarus.

Elle avait une peur angoissante de s’ennuyer « La velocità è bella », disait-elle. Dans sa jeunesse, elle avait appris que la mort peut frapper à tout moment et elle avait décidé de vivre l’instant présent.

Son surnom de « La Casati » lui fut attribué une nuit lorsque durant sa promenade nocturne, elle croisa des Vénitiens qui ne crurent par leurs yeux de voir une mise en scène pareille ; elle était là, tel un spectre, le coeur battant avec devant elle, en laisse, deux félins qui ondulaient.

Elle aimait se dénuder. Un jour, lors d’une conversation, elle s’empara d’un couteau et fendit sa robe en deux, puis elle reprit la conversation là où ébahis, les convives l’avaient laissée.

Ce que Luisa aimait par dessus tout était de prendre son déjeuner au lit.

Dans son verre d’amaretto tiède, elle trempait de gros morceaux d’un panettone exquis.

Lors du bal qu’elle organisa, Luisa se sentit obligée d’enfermer dans un placard, la femme qui avait eu l’impudence de s’habiller en Cagliostro, costume qu’elle avait choisi pour elle.

Luisa était une intellectuelle, elle aimait les discussions animées où les idées s’entrechoquaient, elle connaissait des passages de Proust par coeur qu’elle commentait ligne à ligne pour amuser la galerie, elle adorait parler de politique et d’art.

Elle ne savait rien faire sans enthousiasme. Pour elle, toute nouvelle activité était synonyme d’amusement.

Un jour, elle annonça qu’elle était possédée par un esprit maléfique et envoya un domestique chez l’archevêque pour demander d’être exorcisée.

Au moment ou les huissiers sont venus vider le Palais Rose, Luisa était assise sur une petite caisse en bois renfermant tous ses bijoux.

Dans sa vieillesse, le bruit courait que si vous l’invitiez à prendre le thé, elle restait chez vous trois jours durant.

Luisa Casati adorait faire son Italienne, sa grande tragédienne et jeter aux visages des huissiers tous les objets qu’elle avait sous la main en poussant de hauts cris.

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