Paris, le 30 décembre 2012

DSC01432Sur son passeport en date de 1930, il est noté que Maria Benz exerce la profession d’artiste, qu’elle a des yeux gris-bleu et le teint frais, que sa bouche est mince et ses lèvres violettes.

Elle possédait au plus haut point une grâce mimétique, un don de présence, une capacité d’habiter son corps exceptionnelle. En effet, le corps de Nusch est photogénique : 1m69, souple, mince, sans artifice, une peau blanche, des cheveux noirs mi-longs, ondulés, un sourire éclatant. Dans la réalité c’est une « beauté grise », une beauté photogénique qui se laisse seulement deviner à l’oeil nu.

Elle aime ajouter des fantaisies à cette morphologie particulière, des petits chapeaux sans bord qui couvrent juste ses cheveux sans rajouter du volume à sa silhouette, des « bibis » rehaussés de plumes légères et fines, des noeuds fantaisistes, de minces turbans relevant en arrière sa chevelure ondulée.

Nusch se déguise avec des robes qu’elle fauche dans le vestiaire du Théâtre du Grand Guignol et arpente les trottoirs des grands Boulevards. Elle se coiffe d’un petit chapeau noir, elle adore porter des chapeaux, elle les aime sophistiqués, singuliers avec un côté « théâtre » surmonté d’une petite plume vert canard. Elle aguiche, elle séduit, ça ne l’amuse pas du tout, des soirées passées dans les bars avec des inconnus. Elle préfère « jouer » à la tireuse de cartes pour les passants qui se laissent conter l’avenir en échange de quelques sous. Elle lit dans les lignes de la main avec l’aplomb d’une gitane ; au théâtre , l’un de ses numéros favoris c’est celui de « medium » quand elle fait parler les morts pour répondre aux questions des spectateurs.

Nusch surveille son poids (son corps est maigre), son teint pâle, ses cernes, ses ridules. La moindre imperfection, un bouton sur le visage, un ongle mal verni, un pli nouveau sur le ventre, et aussitôt, Nusch s’irrite et corrige. Ce qu’elle met en valeur c’est une beauté naturelle et parfaite, sans fard et maquillage.

A première vue, elle semble être la plus effacée de toutes. Et pourtant, Nusch incarne la femme la plus célébrée du mouvement des surréalistes, comme muse, comme modèle, comme artiste. Le mystère de Nusch Eluard réside dans cette étrange alliance entre le corps et l’image du corps, entre la présence et l’absence. Sans être dotée d’une beauté sublime, elle rassemble en elle les qualités d’une intelligence hautement sensible à magnifier.

Le Surréalisme n’a pas inventé Nusch, c’est Nusch, toute seule, par son prénom et son corps, qui s’est imposée au Surréalisme, avec quelques atouts parmi lesquels une présence douce, un sourire éclatant, des mains caressantes et un corps souple d’acrobate.

Corps rompu dès l’enfance aux lois de la discipline physique. Corps d’acrobate. Corps d’hypnotiseuse. Corps incliné. Corps adoré. Corps étalé. Corps lascif. Corps aimé. Corps libre. Corps photographié. Corps dessiné. Corps épousé. Corps convoité. Corps essoufflé. Corps partagé.

Nusch est un corps.

Nusch est un visage.

Nusch est un mystère.

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