Catania, le 24 juillet 2012

La Sicile, véritable femme à poigne. Frappée par les lèvres des colonisations, la langue italienne enfile des gants mais garde les ongles apparents. Chapeaux de granite glacées, le goût de la provocation porte une voilette et la conduite se cadre d’épaulettes, c’est simple, la circulation fait le dos rond, les automobiles en silhouettes cigares font preuve de culot.

Les ruelles ou lignes bordéliques taillées au scalpel montre la cicatrice des brûlures de la lave laissant entrevoir la peau nue du temps sauvagement épuré. Des coupes franches compatibles à une sensualité débridée : telle est la patte de cette partie de l’Italie.

J’écoute sagement les souvenirs de mon père ; ses courses le long des pentes glissantes sous les roues des voitures en plastique, son chapeau en papier et en fil de fer qui faisait le dos rond sur sa tête une fois la nuit tombée. Il était couturier des pierres et emmerdait le monde, il était un malfaiteur de mandarines et d’après ce que j’ai pu comprendre, la plus belle fille du village habitait Via Roma et ne sortait presque jamais, mon père est né au 110, Via Vittorio Emanuele dans un petite maison qui salue son entrée par une petite porte verte et que mon grand-père avait la dégaine de Don Juan et des yeux de séducteur.

Les voitures fourrent leurs nez un peu partout et négocient par des klaxons. Les Ape portent des fruits et légumes en sac à dos. Les pavés perdants ont l’air de sortir d’un ring. La chaleur marque les journées au fer chaud et protège parfois le sol de sa myopie.

Et comme me l’a si bien appris mon père, je prends à présent un malin plaisir à mâcher les feuilles de citronniers de mes poings et à recracher leur haleine à mes narines.

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