Venise, le 18 juillet 2012

Un lourd baiser se pend au hall d’entrée. Le plafond tend l’oreille et harponne le bruit des rires, des respirations, des rumeurs et des cancans. Il archive le tout et l’inspire.

Plafond, plafond d’où dégouline des lustres, comme des boucles d’oreille pendant aux lobes de celui-ci.

Oui, l’Opéra en véritable visage de femme prend garde à son image et se reflète dans les mille et un miroirs , miroirs ou reflets à la surface de l’eau.

Les fresques comme de la dentelle tandis que les tapis coulent comme des cheveux, cascade à la couleur de feu sur le dos des marches ; elles tombent sur la chute de reins d’un granit aux tâches de rousseur. Les talons claquent comme des baisers sur les joues de celui-ci. Lui-même s’étend comme un parterre de coquillage et c’est assit, les jambes bien droites, pointes de pieds tendus qu’il s’amuse à rejoindre les parois à la teinte sableuse.

Depuis la sala principale, je regarde le ciel. Comme couchée de tout mon long je suis un funambule sur le fil de mes idées aquatiques.

Le ciel plafonneux est si léger qu’il semble ouvert sur le monde de l’imaginaire.

Il y a des lustres un peu partout près à faire le grand saut. Puis, les décors aussi délicats qu’un filet d’or capturent le bruit des vocalises qui plongeant maladroitement claquant sur le ventre du sol comme un plat.

Les plis des rideaux me rappellent les robes volumineuses des femmes de la Renaissance.

Assise depuis le palco reale, les loges centrales, j’imagine les murs circulaires comme deux grands bras longilignes brassant et liant le théâtre entier.

Les fauteuils, moquette de velours rouge, barrière de corail.

La scène, ce haut le corps, se sert dans le corset des dorures et met en relief l’ossature de ceux-ci, tirant les lacets et remontant la cantatrice comme une poitrine , les amants spectateurs si plongent aussi volontiers que dans un décolleté.

L’opéra se fait beau, sa voix se peint sur les visages.

Les rideaux attendent d’être dévorés lors de la fringale initiale.

La musique fougueuse, première peau de la mise en scène, s’évapore par les balcons qui agissent en guise de pores de ce lieu si majestueux. Ceux-ci, en mouvement circulaire, paraissent être la trace des rames musicale laissées dans l’eau.

Les sentiments soupirent et se gonflent les poumons de coutumes.

J’aime imaginer le son bouffant l’espace d’une nage libre, ouvrant grand la gueule et buvant la tasse des larmes des passionnés.

Viens la sala Verdi, plus festive, elle se remplit les joues de bon vin et de petits-four.

Comme une flûte de champagne, elle représente l’ivresse, ivresse de bulles.

J’imagine ici le froissement des vêtements caressant le marbre,

tous ces bruits moussant dans la coupe des lieux, la musique éclatante puis débordante et les lueurs des lampadaires qui rafraîchissent l’obscurité.

Et finalement les anges au-dessus de la coupole se lèchent le doigt et frottent l’attente impatiente, laissant en arrière-fond la douce mélodie de l’orchestre.

J’ai plongé dans la Fenice. J’ai aimé m’y noyer. Je ne manque pas de souffle, au contraire ce lieu est de l’oxygène.

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