Venise, le 11 juillet 2012

La corde du réveil hisse mes paupières. La nuit fond et le liquide du jour se déverse sur l’ensemble de la chambre.

Dehors, la circulation est déjà en pleine discussion, les moteurs buvant un café avec les klaxons. Au bar de l’attente, le service est long, les freins râlent.

A la fenêtre j’enfile les premiers rayons du soleil et un débardeur. La lumière moustachue m’embrasse et me chatouille la joue, elle me vole un sourire matinal.

La chaleur plonge dans le bain du matin, l’été mousse.

Mes pieds pianotent les marches des escaliers, la pente étant descendante, les notes deviennent de plus en plus graves. C’est une clé de sol qui m’ouvre la porte. Fin de la partition. Je tourne à présent la page, la manivelle d’une boîte à musique et mes pieds, les pédales de mon vélo.

La musique de l’Italie s’enchaîne, roule.

Changement d’art, septième art, l’Italie fait son cinéma.

Silence, ça tourne. Ca tourne sur l’odeur de mon enfance, l’odeur goûteuse, l’odeur gourmande, l’odeur si ronde, l’odeur en chair, l’odeur aux hanches généreuses du panificio. Cette odeur que j’inspire comme une cigarette sans filtre et que j’envoie d’un coup de raquette de l’autre côté du terrain, le terrain de mes souvenirs où je cours à pieds nus et l’esprit léger. Libre.

Sentez cette odeur qui roule le long de vos narines, vous pique les yeux, gonfle vos oreilles, prend de la vitesse et dévale en rigolant le long de votre gorge. Elle vous mijote le présent et fait saliver votre imagination.

L’odeur bavarde, la langue bien pendue, elle vous rappelle à l’ordre, à l’aide d’un seau d’eau.

Et vous rentrez peinard, vos oreilles sifflent alors, quelqu’un pense à vous, peut être une odeur ?

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