Venise, le 6 juillet 2012

Amedeo Modigliani. En regardant ses oeuvres, j’ai aussitôt eu l’impression que les bruits de la vie s’égouttaient dans une passoire et me parvenaient assourdis et purifiés. Je sais bien que c’est au contact du palpable qu’il puisait la qualité de sa vision qu’une fois bouillie il transformait en art, ne nous laissant que l’inéluctable dégustation. Il permettait à l’insoupçonné de sortir de son cocon. Ses gestes étaient plus qu’un simple coup de pinceau, qu’une crise intellectuelle, ils étaient une seconde naissance.

Il est difficile parfois d’expliquer pourquoi et bien plus simple de se justifier d’un parce que. Aujourd’hui, je choisis parce que. Parce qu’à chaque fois que ma vision rencontre ses toiles, son art ou sa personne, je me sens aussi nue que le jour où je suis née. Si simplement…

Dans la vie, on lance la balle, on espère qu’elle atteigne un mur pour rebondir et qu’elle nous sera renvoyée. Les amis, les opportunités et le hasard devraient être ce mur. Pour certains, ils ne le sont presque jamais. La vie tombe parfois sur de larges draps mouillés. Il nous est cependant possible avec la technologie et les progrès d’aujourd’hui de jouer seul. D’être maître du jeu et même plus, de le travailler. Il est d’ailleurs, durant les moments de brève lucidité, amusant de regarder les manoeuvres d’approche qu’emploie la « fatalité ». Fatalité au visage torturé de tics.

Nous sommes des millions à être tourmentés par l’idée qu’il y a peut-être quelque chose, quelque part, que l’on devrait savoir. Bouffés par cette insoutenable curiosité. Il y a les penseurs à qui le mouvement de la pensée intéresse bien plus que la pensée elle-même.

Le bonheur ? Je veux que cela tienne ensemble, mais à peine. J’aime l’idée de devoir pendre chaque jour les journées sur une corde à linge.

Oui, par chance, nous ne sommes que de misérable grain de sable doué d’un mouvement autonome. Nous n’avons besoin d’aucun coup de balai, nous pouvons nous en sortir seul.

Nous avons aussi une quantité précise, mais inconnue, d’expériences à notre disposition. Prenez calmement une poignée de sable et laissez-le couler, il ne s’arrêtera qu’au dernier grain.

Heureusement, nous ne savons pas combien de temps nous disposons, et nous devons par conséquent prendre bien soin de ne pas gaspiller la beauté de l’instant, du présent.

Tout existe en quantités limitées – particulièrement le bien-être.

J’aime croire que si quelque chose doit naître, il est inscrit quelque part en même temps que sa durée et son contenu.

Si tout arrivait à sa densité totale le premier jour, tout ne serait qu’aussitôt. « Un jour, notre jour viendra », cette phrase c’est faite entendre plusieurs fois dans ma vie. Ce que l’on souhaite prolonger, le sable que l’on souhaite garder doit être libéré modérément et avec une extrême attention à ce qui pourrait l’empêcher de durer au maximum.

Il y a un intérêt, et dans cet intérêt, il y a une tension qui, pour moi, est bien plus importante que l’équilibre stable de l’harmonie, qui elle, ne m’intéresse pas du tout. Ce que l’on oublie bien souvent est que tout est unique.

Je terminerais en dédiant une citation à ma meilleure amie : « Non, restez, le présent prend toujours le pas sur le passé. »

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