Venise, le 5 juillet 2012

Les gondoles assises au ras de l’eau méditent calmement.

Les bâtiments alignés comme des dents désordonnées s’amusent du Canal Grande qui chatouille la plante de leurs pieds et en profitent pour sourire aux touristes qui n’arrêtent pas de les photographier.Chaque ruelle est outrageante de chaleur et chaque croisement me rappelle un four fraîchement ouvert après une cuisson, lorsque pour contrôler, sans réfléchir, nous piquons une tête et nous nous cognons le nez à la vapeur.

Les courants d’air sont orchestrés par la baguette d’une haleine sucrée, les notes de leur souffle se font gourmandes.

Les hommes décortiquent les journaux, les rongeant jusqu’à l’os tandis que les femmes, les femmes sont scandaleusement elles.

Ici, le vent… c’est du vent ! Des paroles en l’air que je capture à l’aide d’un filet et que j’emprisonne derrière les barreaux d’un papier ligné.

La température est épineuse. L’histoire de cette ville est laquée aux bruits qui courent, aux rumeurs, aux non-dit.

Les mostre sont de parfaites frivolités pour les fringales passagères. Passager ; oui, tout est passager car Venise, en véritable Femme, file entre les doigts des plus amoureux, des plus obstinés, ne laissant que son odeur de liberté en guise de pièce aux plus démunis.

Casanova remonte son pantalon, Pulcinella se met à nu et tombe amoureux, la haute bourgeoisie est à couvert sous un large chapeau, Goldoni fait sa toilette de mots et Venise, Venise remonte ses collants, se rougit les pommettes de curiosités, se farde les yeux de légendes, se masque de mystères et finalement, afin de nous tromper, elle se dessine un grain de beauté, beauté travestie qui cache son identité.

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