Venise, le 2 juillet 2012

L’intimité de Picasso vu par Françoise Gilot.

« Il ne pouvait supporter l’idée que quiconque avait partagé sa vie pût lui survivre. Je me rappelais ce qu’il avait dit un jour: Chaque fois que je change de femme, je devrais brûler la précédente. Comme cela, j’en serais débarrassée. Elles ne seraient pas toutes là à compliquer ma vie. Et puis, cela me redonnerait peut-être la jeunesse. On tue la femme, et on efface le passé qu’elle représente. « 

J’avais ressenti depuis longtemps à quel point Pablo avait symboliquement identifié son rôle et même son destin à celui d’autres artistes solitaires: « Le clown aussi, avec son costume trop grand, aux détails si souvent grotesques et disproportionnés, lui apparaissait comme un personnage à la fois tragique et héroïque. Souvent, le matin, en se rasant, il traçait du doigt dans la mousse de savon les énormes lèvres pulpeuses, le soupçon de point d’interrogation au-dessus des sourcils, la rigole des larmes sous chaque oeil, les stigmates du clown. Puis il se mettait à gesticuler et à grimacer avec une intensité qui montrait bien que, pour lui, il ne s’agissait pas seulement d’un jeu. »

Publicités