« Feria de Nîmes » du 23.28 mai 2012

« Je ne peins pas ce que je regarde mais ce qui me regarde » disait Françoise Gilot.

Parfois, quand le silence marche sur la pointe des pieds et que dehors les bruits s’ouvrent, s’éventaillent tout en faisant de l’air aux heures qui se chevauchent, je me rends compte que l’on saute à pieds joints avec très peu de choses en fin de compte.

Je me lève et le jour lèche gentiment le ciel. Le soleil a mis sa cravate, il est prêt à aller danser.

Ici, à Nîmes, l’air dégorge déjà d’une suave odeur d’été. Cette ville est comme un linge mouillé que l’on pourrait tordre et d’où s’évacuerait un jus savoureux où il fait bon vivre.

Depuis le balcon, j’espionne les arbres qui en véritables chuchoteurs de toits s’enflent et tentent de s’approcher d’eux afin d’y goûter les tuiles sirupeuses qui par la chaleur du soleil luisent et paraissent appétissantes.

C’est la « Feria de Nîmes », les jours qui passent se défient comme un torero à son taureau. Aujourd’hui se plaçant triomphalement entre les cornes de demain.

Mon envie de m’imprégner de la culture et de tout ce qui se glisse jusqu’à moi encorne ma frustration de ne pas avoir suffisamment de temps.

L’aiguille des minutes pique le dos des secondes avec la violence d’un picador. Le soleil s’affaiblit et il est finalement l’heure de la mise à mort du jour, encore une fois.

Mes jours ici méritent un verdict, l’arène de mes idées exécute une « Ola » générale. Voilà un, deux, non, trois mouchoirs. Je coupe donc une oreille à ci, puis une autre à ça et la queue à cette ville qui se caresse le poil sous la capote d’un fort tempérament.

Mon inspiration fait donc un tour d’honneur, je la salue avant qu’elle ne dévale la banalité du quotidien sous les bruits des sabots.

« On parle toujours d’inspiration mais en réalité on peint sur une expiration » disait Françoise Gilot. En ce qui me concerne, j’écris sur l’expiration chaleureuse qui émane des narines de ce doux village de France.

C’est dingue comme à un certain moment la banalité prend tout son sens, chuchotais-je à Nemausus.

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