Paris, le 16 septembre 2011

Ce matin, le soleil comme une crêpe sur la nappe du ciel se posait face à la timidité du vent qui, se faufilait pêle-mêle entre la confusion des gens.

En chemin, mon regard se chiffonnait contre les boîtes aux lettres déglinguées qui vomissaient le courrier et les dépliants publicitaires. Et moi, je me rendais de façon pénarde à mes rendez-vous d’aubes caféinées.

Il était tôt, les yeux paraissaient endormis et le silence laissait entendre le ronflement des cernes. X était là, tandis que le ciel joufflu se poudrait d’un blush nuageux au-dessus de sa tête.

A peine assise, j’aperçu aussitôt ses veines proéminentes, comme si sa peau représentait une carte géographique.

Je me heurtais au mur de fumée de sa fine cigarette qu’elle maniait comme une épée. Elle était vive dans l’art de l’esquive.

Ses questions partaient comme des balles. Les humeurs apportaient les plats en attendant l’heure de la vaisselle et, les plateaux, eux, s’adaptaient parfaitement aux mâchoires des poubelles.

Le corps et l’esprit est assez douteux pour se trahir lui-même et mentir aux autres. Pourquoi ne peut-on pas démêler les questions ?

Tout, toujours ou, rien, jamais et puis on ne sait finalement pas et on sourit, comme on sourit à l’inconnu.

On pinailla pendant des heures entre l’amour et les hommes, et on tourna un peu en ridicule ces couples sans saveur qui rejoue l’amour encore et encore dans tout ce qui a de plus banal.

Tandis que dans ma tête, je m’amusais à gribouiller ; je décortiquais les baisers, je désossais les caresses et j’épluchais les mots doux puis, on dénoua les mots tout en concluant qu’il serait peut-être mieux qu’on se foute un peu la paix avec l’amour et toutes ces conneries et que les hommes n’étaient probablement que des corps dont nos seules préoccupations étaient d’en jouer à l’élastique entre nos doigts.

Ensuite, on parla de ces jours pourris qu’on dilue dans l’eau rude de la poésie histoire que l’on se sente un peu moins con et de la mode, des magazines et du style, style qui est l’âme qui recouvre le corps et le supplante.

Et je cogitais tout en me sentant moitié vivante et moitié morte. Alors que nous, vivants, sommes les jouets du sens et que ce sens nous survit. Je faisais une pelote des histoires qu’elle me racontait.

Et je glissai subitement sur la peau de mes 20 ans qui prennent trois secondes à dire et qui filent en points de suspension. A cet âge qu’on va parfois vérifier à l’épicerie du temps et qu’on assaisonne finalement sans faute. Faute de temps. Temps coquet. Temps plaisant. Temps riant. Va le temps.

La vie n’est-elle que du temps aboli ?

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