Venise, le 20 août 2011

Comme si le temps prenait une pause cigarette, le romancier râpé lit dans son zeste. Tandis que les roues des vélos poncent délicatement le sol, je me retourne et là, un bouquet, ou chaque fleur tente à montrer sa supériorité. Rivalité florale.

Frappe à la porte, porte de mes pensées qui s’ouvre sur Giovanni. Homme de fiction. Homme de l’autre siècle, pointilleux et fouinard. Disciple enthousiaste du « Corriere della sera », il avait cependant des tendresses d’amant pour le gin, l’amaretto, le whisky et le limoncello. Le caractère veineux et la bouille fanée il avait les traits décousus et la lèvre fiévreuse.

Sa grande force et sa grande faiblesse étaient pourtant sa bonté qui avec les années fut noyée dans des verres trop pleins d’un alcool tremblant.

Les journées et les nuits ne marchaient à présent plus droit, l’une se tenant du bras gauche à l’épaule de l’ivresse et du bras droit à l’épaule de la nostalgie, titubant sur l’équilibre des heures que l’aiguille, ivre elle aussi, peinait à rester droite. Elle se retrouvait parfois la tête en haut et parfois la tête en bas, rendant les secondes plus vertigineuses, comme sur un carrousel. Tic, tac, tic, tac…

Il diluait ses angoisses comme je tente de diluer les miennes avec les mots.

Tandis que l’envie court autour du monde dans un temps arrêté. Tandis que le désir mort la lèvre du précipice. Je saute.

Elle riait, lorsqu’il lui cloua les lèvres d’un baiser autoritaire puis la serra dans ses bras brûlants. Corps de cailloux. Corps du délit. Car, nul ne maîtrise le tempérament des amants ombrageux. Il aspirait son odeur.

Et je ferme les yeux et je vois les paysages comme une étendue d’arbres cloutée au sol d’où la gourmandise de nos yeux s’y dresse comme un fakir. Et la vie à cet instant sent bon, comme si elle s’était habillée d’un fil parfumé.

Je hurle et mon cri s’en va comme une bille sur le billard de l’océan. Et l’océan lui-même devient fou caressant beaucoup trop les courbes des angoisses et des confusions. Il flirt avec la folie des gens.

Et j’entends, le pianiste qui termine par jouer ses notes invisibles, en haut, en haut, toujours plus haut du clavier comme une petite cascade de perles sur le plancher de marbre.

Cupidon, véritable taxi du désir lance sa flèche et parce que, quand je regarde l’amour droit dans les yeux, je vois ce que cette flèche y laisse. Des gens, l’air béa et le sourire crétin au milieu du vent.

Ne dit-on pas aimer comme un fou. Fou d’amour. Fou de toi. Fou du roi. Fête, prince, pape des fous, comme un fou, jeune et fou. Et si la folie était la clé du bonheur ?

Je danse.

Jupe épaisse.

Sur mes bas brodés.

Ouverte à tous les vents.

Chatouillant.

Coquinement.

Mes idées.

Et rideau. Ils tombent.

Mon raisonnement ne fait pas un pli.

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