Venise, le 17 juillet 2011

Elle possédait des tâches de rousseur comme si le diable avait ponctué son visage. Son tempérament sanguinaire éclosait sous ses joues lorsque la timidité ou la rage venait à la côtoyer.

Sa chevelure était taillée de façon abrégée et son cou effilé, comme trop bavard en disait long.

Dans ses sandales trop grandes, ses orteils piquaient du nez, effrayés par le sol, comme un enfant hésitant au bord de la piscine à faire le grand saut.

Elle marchait dans l’extravagance du clair obscur tout en se goinffrant de celui-ci. Elle faisait partie de ses femmes au regards cirés et veloutés.

Tandis qu’elle rêvassait, la sonnerie se mit à pleuvoir sur sa conscience. Elle décrocha quand la voix de son interlocuteur glissa le long du fil pour se perdre dans son oreille. Parfois, celle-ci semblait s’accrocher des dents à celui-ci comme un acrobate glissant du haut du chapiteau.

Lui, il regardait autour de lui tout en faisant teinter les choses dans ses poches, sa vie privé et ses clés. Rigolant à petit coups brefs, comme si son rire était aiguillé.

Une femme à la voix magnétique et incisive, les cheveux semblables à des gribouillages auxquels les individus se laissent aller lors d’un appel téléphonique. Ses longues jambes étaient vigoureusement projetées devant elle, comme si elle appuyait à fond, du bout des orteils sur l’accélérateur de l’univers. Elle paressait aussi distinguée qu’un arôme sombre, un alcool fort, ancrée au sol par les cordages de la rêverie.

Les lumières de la ville se brodaient à la nuit qui se prélassait délicatement. Le ruissellement sirupeux du sud s’infiltrait dans la brise qui soufflait, faisant de cette vaste transparence d’aigue-marine un anéantissement sentimental.

La voix de l’aristocratie italienne attachait ses lamentations aux notes souples de l’accordéon. Des cous froids et des gorges mordantes, comme des crocs de vipères. Des remous de cheveux donnant le haut-le-coeur au temps tout en faisant trembler les bas-fonds de la nuit.

Un déchaînement de tambours cerna l’aube ensommeillée. Le présent qui se remplissait et se vidait avec le trop-plein d’humeurs. La pluie était comme une lente fuite d’eau qui dégorgeait d’un soleil larmoyant.

Publicités